Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Sandrine Colineau. Je suis basée sur Lyon depuis 25 ans. Mon parcours professionnel a débuté dans l’animation sportive, l’événementiel et le tourisme d’affaires. A 47 ans, j’ai effectué une reconversion professionnelle via une formation de conseillère en insertion professionnelle, un domaine que j’ai exercé pendant 8 ans, avec également la direction d’une association. J’ai ensuite eu une petite expérience dans l’ETTi avant de m’orienter vers les problématiques liées au Handicap dans les entreprises. Mon histoire personnelle a influencé ce moment de ma carrière. J’ai rejoint EPITH il y a 3 ans, racheté par La Varappe en 2024.
Quel poste occupes-tu ?
Au sein de Sodiame, filiale de La Varappe, j’occupe le poste de consultante coordinatrice nationale au handicap. Les trois grandes missions de l’offre handicap sont : la sensibilisation des entreprises, le maintien en emploi via l’accompagnement à la RQTH, et l’accompagnement dans la sécurisation des parcours pour les personnes en risque d’inaptitude ou cherchant une reconversion professionnelle.
L’accompagnement à la reconversion professionnelle concerne les salariés ayant déjà le statut RQTH, et il est toujours privilégié de chercher des solutions et la mobilité en interne en premier lieu. Si les solutions internes ne sont pas possibles, des pistes externes peuvent être explorées, incluant des formations. Cet accompagnement inclut une dimension psychologique et de coaching pour aider les personnes à faire le deuil de leur ancien métier et à se remobiliser sur un nouveau projet.
Quel type de clients accompagnes-tu ?
Sodiame travaille pour des grands groupes ainsi que pour des PME, ciblant toute entreprise soumise à l’obligation d’emploi de personnes handicapées (donc à partir de 20 salariés).
Les grands axes de leurs politiques handicap sont la sensibilisation, le maintien à l’emploi et le reclassement. Les interlocuteurs sont souvent les responsables des missions handicap nationales ou des DRH.
Les deux grands groupes mentionnés (un dans l’ameublement et un dans le transport/logistique) sont des clients fidèles depuis environ 10 ans. Le développement commercial se fait principalement par le bouche-à-oreille et les contacts des responsables nationales, car il n’y a plus d’équipe commerciale dédiée. J’ai géré l’équivalent de 46 clients cette année, comptant chaque site comme un client distinct, comme les 18 sites de notre plus gros client sur lesquels nous sommes intervenus. Je travaille et gère également un réseau de 20 consultants externes pour pouvoir répondre à tous les demandes sur l’ensemble du territoire.
Quelle est la principale idée reçue sur le handicap invisible que tu t’efforces de déconstruire ?
Dans la globalité des entreprises rencontrées, la principale difficulté rencontrée est la méconnaissance du handicap invisible, car beaucoup pensent que le handicap se voit. Ce manque de compréhension cause des difficultés de communication en entreprise, notamment lorsque les collègues oublient les douleurs ou les traitements des personnes concernées, qui ne veulent pas se plaindre toute la journée.
En quoi consiste l’aide à la RQTH ?
Elle se fait par le biais de permanences en entreprise où on détecte les personnes qui pourraient faire la démarche. L’objectif est de sensibiliser et de rassurer les salariés face aux peurs (stigmatisation, stagnation de carrière), d’expliquer la démarche et de souligner l’intérêt de la démarche pour la prévention et l’avenir professionnel.
Mon rôle est d’accompagner ces salariés pour mettre en place des aménagements qui peuvent être mineurs mais qui changent la vie, afin de limiter les douleurs et prévenir l’aggravation des conditions. L’accompagnement concerne à la fois les maladies et les problèmes liés à l’usure du corps ou aux gestes répétitifs liés au métier, des situations qui peuvent toucher une personne sur deux au cours d’une carrière.
Les employeurs ont souvent l’idée reçue que l’aménagement du poste coûtera cher, alors que seulement 10 à 15 % des personnes nécessitent des aménagements. Les ajustements peuvent être simples (télétravail, équipements ergonomiques, chaussures de sécurité confortables) et sont souvent financés en partie par l’AGEFIPH, qui collecte les contributions des entreprises.
Notre mission se termine lorsque la personne a remis sa notification de RQTH à son employeur. La RQTH doit généralement être renouvelée tous les 3 ou 5 ans, bien qu’il existe des cas où elle est sans limitation de durée (par exemple, pour la surdité). Le renouvellement est lié à la situation de travail, par exemple, si une personne change de métier et que la problématique disparaît (comme un boulanger allergique à la farine), le besoin de renouvellement n’existe plus.
Beaucoup de salariés hésitent à entamer une démarche de RQTH par peur du regard des autres. Comment parviens-tu à briser ce tabou et à instaurer la confiance nécessaire pour qu’ils franchissent le pas ?
Dans l’accompagnement des salariés de nos clients, notre force réside dans la position neutre et extérieure, permettant aux salariés de parler en toute confiance, avec l’assurance de la confidentialité, contrairement aux ressources humaines internes à la structure. Pour faciliter les démarches, j’effectue aussi de l’accompagnement en visio, permettant aux personnes de participer depuis chez elles.
Y a-t-il un parcours qui t’a marqué ?
Je me souviens de la 1ère personne accompagnée, une préparatrice de commande avec des problèmes de santé dus à un accident et à la pénibilité du travail. Grâce à un accompagnement proactif, un travail d’équipe avec un dirigeant impliqué, et un stage d’immersion interne, la personne a changé de poste. Elle est passée d’ouvrière à employé, gérant désormais les flux de camions dans la logistique, un poste compatible avec ses restrictions de santé. Le fait de voir comment on peut changer la situation d’une personne pour qu’elle se sente mieux c’est vraiment satisfaisant.
Qu’est-ce qui te plait dans ton métier ?
Je trouve un grand sens dans son travail, j’aime améliorer le quotidien et sécuriser le parcours des autres, j’aime le conseil, l’accompagnement et la relation humaine. Si j’avais un souhait professionnel, ce serait que le handicap ne soit plus un sujet tabou et que les personnes soient identifiées et orientées plus tôt dans le processus. Souvent, les salariés ne sont orientés vers le reclassement que lorsque l’inaptitude est déjà déclarée, ce qui rend la transition plus difficile à digérer.
Si tu devais résumer ton rôle en un mot ?
Ce serait « Facilitatrice », car j’aide à rendre les choses plus simples et plus fluides pour le salarié et l’employeur.
